Publicado en línea el Sábado 16 de marzo de 2019, por Jean-Luc Mélenchon

Le président français s’adresse aux Européens. Pluie de poncifs, torrents de reprises éculées et de paranoïa russophobe. Mais une autre parole française existe. Car l’intérêt général des êtres humains sur le Vieux Continent mérite mieux que sa dilution dans la stratégie du bavardage d’Emmanuel Macron. En Europe, il est temps de parler la seule langue vraiment internationale qui soit capable de motiver l’action commune de peuples aussi divers par leur ­histoire, leurs langues et leurs cultures. C’est la langue des biens communs à défendre et à étendre. Celle des projets communs de vie. Celle des droits sociaux et des services publics. Ils sont à reconstruire après le saccage de trente ans de « concurrence libre et non faussée ».

Nous sommes tous menacés par un système de production et d’échange qui détruit la Terre et les êtres humains. N’est-il pas plus que temps d’imposer les politiques de solidarités qui nous sauveront dans la catastrophe écologique en marche ? Le monstre financier s’est assez gorgé au ­détriment de tous les petits bonheurs simples de la vie. S’il faut une renaissance en Europe, que ce soit celle de la souveraineté du peuple, celle des lumières contre l’obscurantisme de l’argent et des passions religieuses adverses. Si la France peut être utile à tous, que ce soit en proposant les travaux d’Hercule qu’il est urgent d’accomplir. Oui, les peuples ­d’Europe peuvent s’imposer en vingt ans de respecter partout la « règle verte » : ne plus prendre à la nature davantage qu’elle ne peut reconstituer. Nos peuples peuvent renoncer dès maintenant aux épandages de pesticides assassins de la biodiversité. Ils peuvent décider d’éradiquer la pauvreté sur le continent, de garantir un salaire décent à chacun, de limiter les écarts de revenus pour stopper l’épidémie sans fin des inégalités. Nous sommes capables d’étendre à toute l’Europe la clause du droit des femmes le plus favorable. Nous sommes capables de bloquer la main des voleurs du fisc qui détournent chaque année mille milliards d’euros pour leurs activités irresponsables plutôt que de nous les laisser pour le bien commun. Bref, il est possible de commencer un nouvel âge de la civilisation humaine. On le peut ici sur le continent le plus ­riche, le plus instruit. S’il assume un protectionnisme négocié avec le monde, il fera de telles normes humanistes une nouvelle ligne d’horizon commun pour des ­milliards d’êtres humains.

Il y a un préalable à tout cela : sortir des traités qui organisent l’UE. Toutes nos misères écologiques et sociales ont leur origine dans le contenu de ces traités. Ils ont figé toutes les politiques économiques dans le dogme absurde de l’ordolibéralisme et de l’atlantisme chers aux gouvernements de la droite et des socialistes que dirige Mme Merkel. Ils organisent la pénurie des investissements dans la transition écologique, le démantèlement de l’Etat social et la mise sous tutelle financière des démocraties. Conçus pour offrir une fête permanente à la finance, ils rendent impossibles l’entraide et la solidarité des peuples. Juste une épuisante compétition entre moins-disant écologique et social.

A l’heure de la souffrance sociale de masse et du désastre écologique, les peuples n’en peuvent plus des pouvoirs qui disent une chose et font le contraire. La lettre d’Emmanuel Macron en est un modèle. Il réclame pour l’UE un objectif global de réduction de moitié des pesticides d’ici à 2025. Alors, pourquoi avoir refusé d’inscrire dans la loi un plan de sortie du glyphosate, comme l’ont proposé à plusieurs reprises les députés de La France insoumise ? En début de mandat, il disait ne plus vouloir d’accords de libre-échange s’ils ne respectent pas les accords de la COP 21. Pourquoi en a-t-il accepté ensuite avec le Canada puis le Japon ? Pourquoi avoir accepté d’interdire aux Parlements nationaux d’avoir leur mot à dire sur ces traités ? Il exige un « bouclier social garantissant la même rémunération sur un même lieu de ­travail ». Il disait pareil lors de la révision de la directive travail ­détaché ! Mais le système permet toujours le dumping social avec le paiement des cotisations sociales dans le pays d’origine. Et quand les insoumis proposent l’abolition du statut de travailleurs détachés, ou la clause du régime social le plus favorable, les robots parlementaires de LREM votent contre.

Macron est devenu dangereux. Pas seulement pour les manifestants et ses opposants politiques. Sa phobie antirusse le fait rôder aux frontières de la guerre. Le risque est là en Europe depuis l’annonce par les Etats-Unis de l’installation en Pologne de missiles tournés vers la Russie. Vladimir Poutine annonce une réplique. Il est donc urgent de s’extraire de cette escalade en prenant ­notre indépendance d’avec l’Otan. C’est le contraire de « l’Europe de la défense » que Macron et Merkel présentent comme le nouveau rêve européen.

La peur des Russes est absurde ! Ce sont des partenaires naturels. Si la démocratie est menacée c’est plutôt par la tyrannie de la finance, et les méthodes de brutes pour diriger les peuples. Elles ont conduit à martyriser la Grèce, à pourchasser les opposants, comme en Pologne ou en Hongrie. Et comme en France, où le problème posé à notre démocratie ne vient pas de Moscou, mais de Paris, avec ce président qui mène une répression féroce depuis dix-sept semaines de mobilisation des gilets jaunes. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a annoncé l’ouverture d’une enquête sur la gestion violente de ce mouvement. Il s’en ­indigne comme si ce n’était rien que 12 morts, 2 000 blessés, 22 éborgnés, 5 mains arrachées, 8 000 gardes à vue, 1 500 condamnations en comparution immédiate. Autant de pauvres vies ­saccagées pour avoir réclamé leur part de soleil dans l’existence. Et comme elle est insupportable, sa duplicité quand il adhère à l’illusion meurtrière d’une Europe forteresse qui se protégerait des réfugiés par la noyade en Méditerranée ! Que Viktor Orbán ait ­approuvé la tribune de Macron devrait inquiéter les Français : celui-ci ne prétendait-il pas combattre la politique du président hongrois ? A rebours de ces brutalités, il faut une politique immédiate contre les causes des exils forcés : guerres, changement climatique, pillage économique.

Pour les peuples européens, un changement de direction est urgent. Emmanuel Macron et Angela Merkel incarnent les vieilles recettes stupides et morbides. D’ailleurs, disons-le sans détour : nous n’avons que faire du pseudo « couple franco-allemand », ce condominium prétentieux contrôlé par la CDU. Il humilie les vingt-six autres Etats. Il isole les Français de leurs parents naturels au Sud. La renaissance dont l’Europe a besoin est celle de la liberté politique de ses peuples. Si la France peut être utile à quelque chose c’est à cela, à condition de se présenter en partenaire plutôt qu’en donneur de leçons.

Jean-Luc Mélenchon* pour Libération

Libération. Paris, le 10 mars 2019

*Jean-Luc Mélenchon, né à Tanger au Maroc1, est un homme politique français. Militant socialiste à partir de 1977, il est successivement élu conseiller municipal en (1983), conseiller général (1985) puis sénateur en 1986, 1995 et 2004, enfin député européen en 2009. Il est ministre de l’Enseignement professionnel de 2000 à 2002, dans le gouvernement Jospin. Il fait partie de l’aile gauche du Parti socialiste jusqu’au congrès de Reims de 2008, à l’issue duquel il quitte ce parti pour fonder le Parti de gauche (PG), dont il devient d’abord président du bureau national, et puis, coprésident, fonction qu’il conserve jusqu’en 2014. Il est le candidat du [Front de gauche} à l’élection présidentielle de 2012, où il arrive en quatrième position au premier tour, avec 11,10 % des voix.

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