Publicado en línea el Lunes 4 de febrero de 2019, por Pepe Escobar *

Au Forum Economique Mondial, le nouveau président désoriente les environnementalistes qui considèrent son gouvernement comme une menace sérieuse pour ‘les poumons du monde’.

Ni Xi, ni Poutine, ni Modi, ni Trump, ni Macron, ni May n’ont effectué le déplacement. Et Merkel, ne pouvant être la vedette de l’évènement, c’est donc sans compétition que le président brésilien, Jair Bolsonaro, l’ancien parachutiste qualifié avec des éloges par les médias occidentaux de « Trump des Tropiques » a pu s’imposer au Forum Economique Mondial de Davos, comme le nouveau sauveur du capitalisme mondial.

L’homme (et à un degré moindre la femme de Davos) étaient très intrigués par la première personne à ouvrir le bal géoéconomique mondial. Après tout, il a promis une privatisation à go go, des réductions d’impôts, la défaite définitive des communistes et une liquidation juteuse et sans précèdent des actifs brésiliens. Cela sonnait mieux que caipirinhas – le cocktail national – au soleil.

Eh bien, le rêve a duré six minutes.

Bolsonaro déclare avoir pris ses fonctions au milieu d’une grande crise éthique, morale et économique et qu’il allait maintenant changer l’histoire. Il a précisé que ses ministres étaient déterminés à lutter contre la corruption et le blanchiment d’argent.

En tout cas peut-être pas contre la corruption de son fils Flavio, qui est déjà impliqué dans un scandale à plusieurs facettes qui ressemble à du blanchiment d’argent mêlé à une association louche avec un escadron de la mort, The Crime Bureau à Rio de Janeiro.

Bolsonaro était cependant catégorique, l’homme et la femme de Davos pourraient se rendre au Brésil en toute sécurité avec leur famille, sans se faire prendre en otage dans le style Elite Squad.

Dynamisme et déforestation

Pour ce qui est de la scène internationale, il a juré que les relations seraient plus « dynamiques » et sans parti pris « idéologiques » sous le nouveau ministre des relations étrangères, Eduardo Araujo, ancien diplomate qui estime que l’acronyme BRICS est une invention satanique.

Bolsonaro était très enthousiaste lorsqu’il présentait le Brésil comme « un paradis », ajoutant : « Aucun autre pays au monde ne possède autant de forêt que nous ». Eh bien, ces poumons de la Planète Terre pourraient subir le sort du Sahara, puisque Bolsonaro a déjà transféré le contrôle de cette réserve indigène brésilienne au ministère de l’agriculture, un substitut de facto du puissant lobby de l’agrobusiness. Le message de Bolsonaro sur l’Amazonie ne pourrait être on ne peut plus clair : « Notre mission est maintenant de faire des progrès dans l’harmonisation de la préservation de la biodiversité avec le développement économique dont nous avons tant besoin »

Lord Nicholas Stern, de la London School of Economics, a rédigé un très bon rapport détaillé sur les aspects économiques du changement climatique.

A Davos, Stern a dit ceci : « Bolsonaro a été élu dans le cadre d’un programme de lutte contre la violence et la criminalité qui tuent entre 40 000 et 50 000 personnes par an. Je suppose que 100 000 personnes meurent des suites de la pollution atmosphérique »

Il a également affirmé avoir évoqué la nécessité de protéger la forêt amazonienne avec le plus grand Chicago Boy de Bolsonaro, le tsar de la finance Paulo Guedes, lors de leur rencontre à Davos.

Il est facile d’imaginer la réaction de l’équipe Bolsonaro devant Sir David Attenborough, affichant sa nouvelle série Netflix et décrétant à l’homme et la femme de Davos que l’Holocène est terminé, que le jardin d’Eden n’est plus, que la folie humaine envers l’environnement nous a poussés dans un nouvel âge géologique, l’Anthropocène.
Tous ont fui la plantation.

Dans le chapitre intitulé Sauver le capitalisme mondial, Bolsonaro est resté fidèle à la philosophie de Davos : réduction d’impôt, réforme de sécurité sociale, méga-privatisation et allègement du « lourd poids de l’Etat ». Il conclut avec « Dieu au-dessus de tout ». C’était plus du Trump que du Xi. Et le voilà parti. Remplacé ensuite par Mike Pompeo via satellite.

On peut aussi dire que les 1500 jets privés se disputant des places de parking et l’embouteillage perpétuel de limousines des élites respectueuses de l’environnement, ont eu plus d’impact que les six minutes de gloire de Bolsonaro. Robert Shriller, lauréat du prix Nobel d’économie 2013, a laissé entendre que Bolsonaro « lui faisait peur ».

Un élément du Looney Tunes a joué également. La version anglaise de l’entretien minimaliste accordé par le président à son arrivée à Davos – il a par ailleurs ignoré la conférence de presse obligatoire – a révélé qu’au sommet du gouvernement de Bolsonaro, personne ne parle un anglais correct. Jusqu’à la veille, aucun de ses ministres et de ses proches conseillers ne savaient ce qu’il allait dire.

Pas étonnant, que la masse des « investisseurs étrangers » aient préféré se tourner vers le véritable interlocuteur : la Chine.

Concernant les risques de la finance global, le vice-président de la commission de règlementation des valeurs mobilières de Chine, Fang Xinghai, a souligné « Nous ne devrions pas réagir de manière excessive. La Chine ralentit mais ce ne sera pas une catastrophe » ajoutant que les stratégies de Beijing ont constamment évité les crises financières aux cours des 40 dernières années. Ce qui n’est jamais arrivé sur le territoire du G7.

Comme prévu, les voix de la ville de Londres se font l’écho de Davos dans leur plus grande crainte des « autoritaires populistes » et de la « démocratie illibérale », ajoutant même que Trump serait un populiste de droite aux traits autoritaires comme Bolsonaro, mais moins menaçant parce que contrôlé par les institutions américaines.

Avec une perspicacité aussi pitoyable, l’homme (et la femme) de Davos seraient bien avisé, pour comprendre dans quelle direction souffle le vent, de plonger dans le livre « Twilight of the Elites : Prosperity, the Periphery, and the Future of France » (« Le crépuscule de la France d’en haut ») du géographe Christophe Guilluy, traduit en anglais par Yale University Press.

Gilets Jaunes

Ecrivant deux ans avant l’avènement des Gilets Jaunes, Guilluy montre de manière convaincante qu’il est de nouveau question de lutte des classes. Mais dans ce cas la classe ouvrière refuse d’être asservie par les anciens maitres politiques et culturels. Il salue l’émergence d’un contre-pouvoir qui à tous égards est en contradiction avec le modèle économiques et social des classes dominantes.

Des banlieues aux terres de la France périphérique, toutes les personnes appartenant à la classe ouvrières sont concernées par ce changement…. Elles ont toutes fui la plantation et ne reviendront pas.

Pas étonnant que Macron ait évité Davos ; il doit faire face à la réalité (et il ne sait pas comment).

Puisse Davos survivre comme une esquisse du Monty Python Flying Circusvieux de 50 ans. Et non, la vente au rabais du paradis brésilien ne sauvera pas le capital mondial.

Pepe Escobar*

Source : « Brazil’s Bolsonaro sings a song of human folly at Davos »

Traduit de l’anglais par BALELE ERIC BAMOUNI, revu par Maria pour Réseau International

Réseau International)], 27 janvier 2019

* Pepe Escobar est un journaliste brésilien de l’Asia Times et d’Al-Jazeera. Pepe Escobar est aussi l’auteur de : « Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War » (Nimble Books, 2007) ; « Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge » ; « Obama does Globalistan » (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books, 2014), et 2030 en format Kindi. Vous pouvez le suivre sur Facebook.

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