Publicado en línea el Lunes 4 de febrero de 2019

L’ex-mandataire a affirmé que : « de forts tambours de guerre frappent dans les Caraïbes en raison de la situation vénézuélienne. Et nous ne devons pas oublier qu’en temps de guerre, en général, ce sont ceux qui n’ont pas de responsabilités qui périssent ».

L’ex-président de la République d’Uruguay, José Mujica, a fait son premier discours de l’année à la radio M24 dans lequel il a fait principalement référence à la situation du Venezuela.

Mujica a précisé que « la pire des options reste la guerre » et a assuré qu’une alternative valable pourrait être la réalisation d’« élections totales » surveillées par des représentants de l’Organisation des Nations Unies.

« Il nous semble puéril de discuter de la légitimité, tous azimuts, d’un gouvernement ou d’un autre au Venezuela. Ce qui est grave, douloureusement grave, c’est l’imminence d’une guerre ouverte. C’est pour cette raison que, dès le début j’ai soutenu l’opposition (à cette guerre), position qu’a accepté le gouvernement uruguayen », a-t-il dit.

Selon lui,le « président autoproclamé au Venezuela soit est très jeune, soit se prévaut de la sécurité que donne sans ambages l’armée des États-Unis », a-t-il assuré en faisant référence à Juan Guaidó. « Nous estimons que ces jours-ci l’affirmation de monsieur Trump selon laquelle toutes les cartes sont sur la table est particulièrement au goût du jour », a ajouté le leader du MPP.

Voici le discours complet de Mujica :

Traduction non officielle :

« De forts tambours de guerre frappent dans les Caraïbes en raison de la situation vénézuélienne. Et nous ne devons pas oublier qu’en temps de guerre, en général, ce sont ceux qui n’ont pas de responsabilités qui périssent. Nous devons aussi nous souvenir que les sanctions économiques punissent le peuple et rendent les gouvernements fanatiques, comme cela a été le cas pour l’Espagne franquiste, pour l’Italie… Il y a toute une histoire de conséquences, amères, pour les peuples, des sanctions économiques.

Il nous semble puéril de discuter de la légitimité, tous azimuts, d’un gouvernement ou d’un autre au Venezuela. Ce qui est grave, douloureusement grave, c’est l’imminence d’une guerre ouverte. C’est pour cette raison que dès le début j’ai soutenu l’opposition (à cette guerre), position qu’a accepté le gouvernement uruguayen.Car le président autoproclamé au Venezuela soit est très jeune, soit se prévaut de la sécurité que donne sans ambages l’armée des États-Unis. Nous estimons que ces jours-ci l’affirmation de monsieur Trump selon laquelle toutes les cartes sont sur la table est particulièrement au goût du jour.

Face à autant d’informations absolument secondaires, il faut souligner ce qui est vraiment important : il semble qu’ils veuillent se convaincre et nous convaincre par la même occasion que l’illégitimité éventuelle de certains est substituée par l’illégitimité d’autres. Et ceci semble être encore et toujours justifié par la sacrosainte cause de la “démocratie”, comme cela a toujours été le cas à la veille de n’importe quelle invasion. Avant, on levait l’étendard du christianisme, souvenons-nous de Valdivia : “nous gagnerons le ciel à coup de lances et de couteaux” ou encore celui de la “civilisation”, comme la triste histoire de la Triple Alliance, qui écrasa le Paraguay, ou “pour Mahomet” ou pour n’importe quelle autre cause.

Il y a toujours un écran peu discutable à lever à l’horizon, mais derrière la guerre il y a sans cesse des intérêts qui se meuvent. La vérité, crue, dure, violente, c’est que la personne la plus conservatrice des États-Unis ne peut pas accepter que la Chine finisse par contrôler le destin du pétrole vénézuélien. C’est la cause profonde de l’impatience qui a attaqué les États-Unis.Je dis cela parce qu’il y a a quelques années, un haut membre du gouvernement d’Obama m’a dit mot pour mot : “nous n’avons pas besoin d’intervenir au Venezuela, ils se détruisent bien tous seuls.” Voilà à quoi ressemblait la division de l’intelligence à cette époque, des raisons justifiaient que l’on pense ainsi. Dans la vie, il faut se protéger de la haine, car elle ampute l’intelligence et nous empêche parfois de voir ce qui est fondamental.

Il existait des éléments à cette époque déjà conçus pour penser de cette manière, car il y avait au Venezuela une confusion notoire entre le désir et la réalité possible. On ne pouvait pas comprendre que les divers angles de l’économie aient besoin, pour qu’elle fonctionne, de connaissance et de beaucoup d’intérêt engagé pour donner de l’élan au tout. Il était impossible de comprendre que l’on ne puisse pas remplacer le capitalisme par la bureaucratie ; mais au-delà de toute chose, on ne comprenait pas l’histoire tragique du Venezuela, qu’elle débouche sur une culture tacite populaire ayant castré la créativité du travail puisque le pays avait fonctionné pendant un siècle en important presque tout. C’était plus simple, plus rapide et l’on avait une meilleure qualité de vie en important tout, puisque la richesse pétrolière le permettait. Et cela a eu un effet dévastateur sur la culture créative du travail.

Et le Venezuela a commis une grave erreur en ne mesurant pas l’énorme patience et le temps nécessaires à un changement culturel, cela ne peut pas se substituer par le volontarisme, car il est impossible de répartir sur le long terme ce qui ne se crée pas sur le court terme.À cette crise de comportement, s’est ajoutée la chute des prix internationaux du pétrole, la guerre économique accompagnée de sanctions, le manque de réinvestissement dans l’extraction du pétrole. Et ainsi le Venezuela s’est retrouvé piégé, en plus de se raccrocher par besoin à la Chine et à la Russie comme à une planche de salut.Et c’est ce que les États-Unis ne peuvent pas supporter aujourd’hui et qui a mis fin à la patience et au temps qui s’est définitivement écoulé.

D’un côté Trump a mené une politique de siège s’inclinant dans les faits vers ce destin historique mais sans en tolérer, comment le pourrait-il, les conséquences, d’où cette situation dangereuse. Et il change, et change encore de baratin, parce qu’ainsi est faite l’Histoire. Il dispose d’un formidable allié : la crise économique, avec ses conséquences politiques et sociales. Et de la même manière qu’il nous a rabattu les oreilles pendant 50 ans avec le discours du libre commerce et qu’il y a peu, l’a changé pour celui de « l’Amérique d’abord », il a commencé à établir et à construire des barrières. Hier à peine, il n’y avait pas de questions de légitimité avec Pinochet, Castelo Branco ou Videla… Il y avait des réponses relatives au respect de la souveraineté, de l’auto-détermination, ces deux concepts qui semblent être en Uruguay aujourd’hui des souvenirs nostalgiques de vieux herreristas disparus, car ils ont enterré leur histoire de principe ou de personnes aux principes de gauche. Mais dans le monde globalisé actuel, il semble que ces principes n’existent plus, surtout pour ceux qui ont du pétrole.

Aujourd’hui ces politiques sont substituées par un discours de « démocratie, démocratie »… avec une odeur de pétrole comme cela s’est fait en Lybie et l’exemple est encore frais. Quelle personne dotée de bon sens peut aujourd’hui assurer des élections libres pour toutes les tendances au Venezuela ? Qui peut assurer l’impunité d’un côté et de l’autre en forçant la chance pour que la confrontation se transforme en opposition ? Cette magie ne pourrait se produire qu’avec une sorte d’assemblée exécutive représentant toutes les tendances, mais fortement surveillée et garantie par les Nations Unies. Je ne vois d’autre chemin donnant des garanties que celui du Conseil de Sécurité des Nations Unies, engagé et ferme.

Toutefois, rien de tout cela ne pourra arriver car l’Europe ne prend pas parti dans cette région, elle donne pudiquement l’impression de s’en laver les mains. Il manque de la volonté politique pour construire une alternative plus forte que les intérêts immédiats, et ce manque de volonté accule vers la guerre. Parce qu’on ne laisse d’autre choix au régime vénézuélien que de mourir en se battant. Peut-être l’erreur de la direction du Venezuela, par opposition, colère, haine, -l’intelligence est toujours aplatie-, a été de ne pas voir que le voisin du Nord, puissant, ne peut pas se faire à l’idée que le soleil levant de l’Orient gère le pétrole vénézuélien. C’est alors que surgit le cri désespéré actuel de la démocratie, qui fonctionne comme un écran émotionnel, dans ces temps mondialisés où le capitalisme financier, doté d’algorithmes et dépourvu d’émotions, indique et décide d’où et de quand il faut investir.

La grande question est la suivante : la guerre sera-t-elle un investissement ? Mes amis, si l’on considère la situation actuelle et même si la proposition d’élections totales faite par l’Europe semble fantaisiste ; si l’on reconnaît qu’elle se heurte à la souveraineté et à l’auto-détermination, (mais je répète, dans l’actualité ceci n’existe pas, tout du moins dans les pays possédant du pétrole), bien que laborieuse, apporterait une issue, mais elle devrait être accompagnée de la surveillance et de la garantie des Nations Unies. Tout ceci est, par principe, critiquable, mais la pire alternative est la guerre puisque nous savons bien qui en paie le prix.

Voilà pourquoi nous avons soutenu la position du gouvernement uruguayen car finalement, pour éviter la guerre, l’outil ne réside pas seulement dans la politique, la politique peut éviter la guerre mais elle doit avoir de la volonté et un engagement. D’autres lèvent l’étendard d’une troisième solution : un coup d’état militaire qui aurait pour conséquence des élections libres, avec des garanties, mais on en revient au même. Quoi qu’il en soit, le plus important est d’éviter la guerre, ce qui semble à ce niveau très difficile, et transformer la confrontation en opposition, en lutte républicaine.

Naturellement, toute décision de ce type devait être accompagnée de denrées de secours, aliments et médicaments, dans un délai immédiat. Mais les êtres humains ont largement prouvé qu’ils étaient, d’une part les animaux les plus intelligents et parfois sublimes, mais aussi, d’autre part, les plus stupides, idiots et égoïstes. »

La Red21. Montevideo, 28 janvier 2019,

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Floriane Verrecchia-Ceruti

El Correo de la Diaspora. Paris, le 4 février 2019.

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