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« La cinquième Allemagne »Un modèle vers l’échec européende Rafael Poch de Feliu avec l’Ange Ferrero et Carmela Negrete

Sábado 10 de noviembre de 2018, por Rafael Poch de Feliu*


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Dans l’histoire de l’Europe contemporaine il y a eu cinq Allemagne. La première est l’Allemagne fragmentée et pre industrielle antérieure au XIXe siècle, une mosaïque multinationale qui a survécu jusqu’à Napoléon revendiquant une légitimité impériale romaine sans jamais parvenir à être un véritable État. La deuxième apparaît avec l’unification bismarckienne postérieure à la guerre franco-prussienne et s’étend sous la baguette prussienne même au-delà de la Première Guerre mondiale, avec son appendice républicain de Weimar. La troisième Allemagne fut celle de Hitler et d’Auschwitz, régime particulièrement tragique et néfaste de douze ans qui se conclut avec la fin Deuxième Guerre mondiale. La quatrième est la double Allemagne d’après-guerre, sous la tutelle des puissances de la guerre froide ; un mélange du capitalisme et de démocratie à l’Ouest, la RFA, et un mélange de socialisme et de dictature à l’est, la RDA.

Toutes ces Allemagnse ont connu quelques contrepoints émancipateurs brefs et ratés, depuis les révolutions de 1848 et 1918, jusqu’aux mouvements de 1968 en RFA et de 1989 en RDA, mais, en général, le rôle de ce pays dans l’histoire européenne s’est caractérisé par sa condition d’avant-garde continentale de la contre-révolution restauratrice, la réaction absolutiste et un bellicisme agressif.

Depuis ce passé, la cinquième Allemagne remonte à la réunification nationale de 1990, à partir de l’annexion de la RDA par la RFA, mais c’est maintenant, avec l’eurocrise, qu’elle commence à se manifester, faisant un usage plein et normalisé de sa souveraineté et puissance retrouvées. La principale nouveauté, c’est que cette cinquième Allemagne apporte par rapport à la précédente présente deux aspects.

Le premier est celui de son retour, lent mais décidé, à l’interventionnisme militaire dans le monde qui a commencé dans les années quatre-vingt-dix aux Balkans et qui va aujourd’hui déjà de l’Afghanistan à l’Afrique. Dans ce domaine, Berlin est encore derrière d’autres grandes nations européennes, mais a déjà définitivement oublié le Nie wieder Krieg (Plus jamais la Guerre) du chancelier Willy Brandt, la possibilité d’être une grande Suisse européenne et ’anti-impérialisme, auquel les Allemands de la RFA et de la RDA furent tant été attachés, respectivement, depuis l’après-guerre jusqu’aux années quatre-vingts du XXe siècle. Aujourd’hui, avec le mécontentement passif de ses citoyens, l’establishment allemand justifie de rejoindre militairement la domination impériale de l’occident dans le monde, par le recours à la nécessité et à la légitimité d’accéder aux ressources énergétiques et àaux des matières premières mondiales. C’est une nouveauté très significative.

L’autre est un leadership européen, dogmatique, égoïste et arrogant, pour imposer le programme d’involution néolibérale propulsé dès les années soixante-dix depuis le monde anglo-saxon, et que la crise financière de 2008 a transformé en rouleau compresseur. Aujourd’hui ce leadership vise à approfondir l’inégalité sociale et entre les pays. Sa priorité est le recouvrement intégral de toutes les dettes bancaires générées par les mauvaises affaires du secteur financier international aux dépens de la souffrance des classes moyennes et basses européennes. Ce schéma conduit directement à une rupture désintegratrice du projet européen. Le dit projet, dont l’Union Européenne est le résultat actuel, a été formulé à partir des années cinquante du XXe siècle comme une alternative à l’Europe guerrière désastreuse et agressive qu’ont du ces derniers siècles affronté régulièrement quelques nations contre d’autres, et rien que pour cela, elle doit être considérée comme utile et précieuse.

Le rejet de ces deux grandes nouveautés de cette cinquième Allemagne est ce qui marque dans le pays la différence entre gauche et droite. Les forces et les courants politiques minoritaires qui dans l’Allemagne d’aujourd’hui repoussent le retour à l’interventionnisme militaire et le néolibéralisme qui approfondit l’inégalité, qui rétrécit la démocratie et agrandit le privilège d’une minorité, sont immédiatement expulsés du bon sens par l’establishment allemand et déclarés « irresponsables » et « inaptes pour gouverner » (regierungsunfähig).

Plus qu’un système de partis de gauche et de droite, de conservateurs ou de libéraux, le système politique allemand est un conglomérat qui englobe toute cette variété dans une discipline supérieure et commune de défense du capitalisme. Cette sphère compacte, condamne et expulse vers à la marginalité ceux qui la remettent en question, et c’est exemple de la dégradation absolutiste et oligarchique à laquelle conduit le mélange de démocratie et de capitalisme dans les pays les plus riches du monde au début du XXIe siècle.

Aucune force politique ne parviendra au pouvoir en Allemagne sans être préalablement en accord avec le programme général de l’establishment. L’évolution des forces politiques ayant des intentions de changement, depuis les sociaux-démocrates en leur temps jusqu’aux verts plus récemment, et qui sait si Die Linke à l’avenir, est une trajectoire d’adaptation au bon sens de l’establishment. Loin d’être un trait exclusif du système allemand, ce qui se détache en Allemagne de ce phénomène général est sa stabilité : ce conglomérat de pouvoirs de facto des grandes associations patronales et financières, lobbys industriels, avec leurs solides ancrages politiques et médiatiques, est particulièrement organisé et bien articulé dans le pays.

Un élément central de cette stabilité est la culture nationale de l’obéissance due à l’autorité, un culte à l’État particulier, conçu comme une institution neutre, supérieure et abstraite, et une prédisposition au respect automatique des hiérarchies. S’ajoute à cela une tradition de consensus et d’intégration, ennemie du conflit et du désordre comme voies légitimes de résolution du choc d’intérêts. Le contraste de cette culture politique, la tradition de l’Untertan, du sujet raisonnable de l’ordre absolutiste décrit dans le célèbre roman de Heinrich Mann, avec la tradition française et républicaine du citoyen rebelle, a inspiré divers types de réflexions qui continuent d’être aujourd’hui d’actualité pour tout le continent.

Ce livre présente quelques traits de cette cinquième Allemagne à un moment où l’Europe regarde vers Berlin avec de plus en plus prévention et de méfiance. « Un pays qui recommence à faire peur », comme signalait la Une d’un hebdomadaire allemand. L’involution néolibérale dont l’Allemagne est en tête et le délire d’hégémonie européenne que projette le flash national de la cinquième Allemagne, augmente la germanophobie et l’antieuropéisme, particulièrement dans l’Europe du Sud, dont la population était jusqu’à il y a peu très favorable à l’européisme – et pas seulement à cause de la pluie de millions reçus des fonds de cohésion.

Si deux précédentes Allemagne ont débouché sur de grandes guerres, la cinquième Allemagne pointe clairement vers la désintégration européenne.

Les auteurs ne veulent participer à aucune phobie nationale ni davantage à une réaction antieuropéiste qui ne propose pas une refondation citoyenne du projet. Ce à quoi ils prétendent est informer sur le rôle lamentable que l’establishment allemand, qui fait partie d’un ordre mondial multinational, occupe dans la crise européenne actuelle, étant bien compris que cet ordre transgresse aussi les intérêts de la majorité sociale en Allemagne.

Les premières victimes de l’involution réalisée par l’élite patronale et politique allemande ont été les Allemands eux mêmes. Durant les vingt-cinq dernières années, l’actuelle République Fédérale a souffert d’une transformation radicale. Plus d’inégalité dans un pays qui était relativement nivelé pour des critères européens, plafonnement salarial, généralisation de la précarité sociale et salariale dans un pays où la sécurité du poste était considérable, avancée de la pauvreté et de la désolidarisation, coupe dans un système de garanties sociales qui a été en son temps solide et large, réduction d’impôts riches et plus grande ouverture au privé dans la santé et les retraites. Selon les dernières enquêtes du conservateur Instituto Allensbach de démoscopie, les Allemands sont parfaitement conscients de cela : 70 % constatent une inflexion dans la justice sociale, particulièrement dans la distribution de la richesse, et considèrent que les choses ont empiré dans les dernières années. Ce changement brutal a été graduellement induit dans les deux dernières décennies, et est présenté médiatiquement comme un succès et même comme une espèce de deuxième miracle économique à côté de celui de l’après-guerre, dans une contradiction avec l’expérience de la majorité des citoyens. C’est en grande partie possible parce que, observée dans le contexte européen de crise, spécialement comparée aux pays du sud qui ont souffert du même traitement à plus grandes doses et dans des périodes beaucoup plus courtes avec des conséquences encore plus brutales, la situation du travail et sociale allemande est bien meilleure. Cette situation attire vers l’Allemagne des jeunes, et pas si jeunes, espagnols sans avenir de travail dans leur pays. Ils arrivent fréquemment dans ce pays très mal informés sur ce qui les attend là bas.

Toute propagande doit inclure un ancrage avec la réalité pour être efficace et c’est le cas de la santé incertaine et relative de l’Allemagne dans la crise. Relative parce qu’en étant réelle pour les bénéfices patronaux, elle ne l’est pas pour la majorité des salariés qui, cependant peuvent se consoler en comparant leur situation avec celle bien pire en vigueur dans d’autres pays. Incertaine parce qu’elle est basée sur une stratégie exportatrice qui dans les vingt dernières années a accentué sa dépendance à la conjoncture mondiale jusqu’à la rendre extrême. Cette dépendance est inquiétante parce qu’en cas de refroidissement ou de collapse elle peut noyer tout l’édifice allemand avec une grande facilité. À la différence de la Chine, qui dispose d’un grand marché interne et est consciente des problèmes de cette dépendance excessive, l’Allemagne ne semble pas se préoccuper de cela.

Ce livre présente un panorama très général de tout ce qui a été signalé ici. C’est une vision pressée et provisoire qui utilise des focus de diverse taille, depuis le plus vaste, avec une perspective de plusieurs décennies, jusqu’au plus concret qui décrit des réalités de la semaine passée, en passant par le processus politique des dernières années. Si après sa lecture la réalité allemande est restée un peu plus claire aux lecteurs, il aura accompli son objectif.

Rafael Poch-de-Feliu, Àngel Ferrero et Carmela Negrete.

Ce texte est l’introduction au livre en espagnol « La cinquième Allemagne, un modèle vers l’échec européen », écrit avec les journalistes Àngel Ferrero et Carmela Negrete, publié en espagnol par la maison d’édition Icaria.

La Vanguardia. Barcelone, le 23 mai 2013

LA QUINTA ALEMANIA
Un modelo hacia el fracaso europeo
de Rafael Poch-de-Feliu, Angel-Ferrero y Carmela-Negrete.
ISBN : 9788498885200
Año Publicación : 2013
Páginas : 256
* Rafael Poch-de-Feliu (Barcelone, 1956) a été durant plus de vingt ans correspondant de « La Vanguardia » à Moscou à Pékin et à Paris. Avant il a étudié l’Histoire contemporaine à Barcelone et à Berlin-Ouest, il a été correspondant en Espagne du « Die Tageszeitung », rédacteur de l’agence allemande de presse « DPA » à Hambourg et correspondant itinérant en Europe de l’Est (1983 à 1987). Blog personnel. Auteur de : « La Gran Transición. Rusia 1985-2002 » ; « La quinta Alemania. Un modelo hacia el fracaso europeo » y de « Entender la Rusia de Putin. De la humiliación al restablecimiento ».

Texte d’introduction traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, le 10 novembre 2018

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