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Argentine : il ne reste plus qu’à emprisonner Cristina

Jueves 20 de septiembre de 2018, por José Steinsleger *

En novembre 2015, la droite argentine a vaincu de très peu le péronisme dans les urnes (51.34 %), après avoir promu Mauricio Macri. Un entrepreneur de l’ « antipolitique » un peu moins cultivé que Jean-Paul Sartre, et avec des montagnes de procès en cours pour corruption.

Macri a gagné grâce à une coalition de technocrates liés aux banques internationales et à des fondations étasuniennes, à la centenaire Union Civique Radicale (qui n’était déjà plus celle de Raúl Alfonsín), et aux syndicats de la bureaucratique et puissante Confédération Générale du Travail (CGT péroniste), dépités avec Cristina Fernández de Kirchner.

Une brutale et écrasante campagne médiatique de diffamation et de mensonges contre le kirchnerisme a précédé l’intronisation de Macri. Et pour la première fois dans son histoire électorale, la droite, a chanté victoire. L’heure de gommer le péronisme avait elle sonnée ?

Trois ans après, Macri et son équipe économique (présentée comme la « meilleure de ces 50 dernières années »), cherchent des politiciens péronistes pour faire face à la débâcle financière en cours, et à une explosion sociale potentiellement supérieure à celui de fin de 2001.

Un petit morceau d’histoire. En 1945, le péronisme a divisé le pays en deux, enlevant le voile de l’Argentine bucolique de l’élevage, des champs du blé à l’infini, pastorale. Depuis ce temps-là, la droite a su où était l’ennemi réel. Mais il est moins clair de comprendre pourquoi le péronisme énerve les gauches attrapées dans le suaire de la révolution.

Comment les deux forces coïncident à ignorer, nier et déformer les racines historiques du plus grand mouvement populaire de l’Amérique Latine. Pour cela, quand ces gauches accompagnent les grands actes convoqués par le péronisme, elles crient sans envie « Patrie oui, colonie non ». Parce que la notion de « patrie », même, les met en rogne.

De là leur amour non partagé avec la classe ouvrière péroniste, qui les regarde avec des yeux entrebâillés. Et cela passe pour croire que les définitions a priori et les mots, pèsent plus que les faits. Sont à regretter certaines « analyses » de l’époque dans lesquelles on incite à croire que les luttes du peuple argentin furent « spontanées ».

Voyons. Je viens de lire un texte, du quel il ne pas pertinent de citer le titre ni l’auteur, pour ne pas tacher de boue le terrain. Qui dit ceci : « Pour se faire une idée du poids des soulevements populaires dans l’imaginaire des argentins, il vaut se rappeler qu’entre mai 1969 et octobre 1972 il y a eu au moins 15 débordements ‘depuis en bas’ (sic) dans une dizaine de villes … ».

Une observation : serait-ce que de tels « débordements » ont manqué des dirigeants, et sont nés dans un chou ? l’erreur mérite qu’on hoche la tete, parce qu’elle égalise avec la « révolution de la joie » de Macri, et les « retraites spirituelles » pseudo bouddhistes qu’il organise périodiquement avec son équipe, dans une station balnéaire de la côte atlantique.

Le péronisme réunit la majorité des travailleurs, le versatile Parti Justicialista (PJ), la majoritaire Unidad Ciudadana (kirchnerista, avec à sa tête Cristina Fernández), et distincts intérêts qui assument l’identité commune que certains voient à travers les idées, et d’ autres depuis la réalité.

Le macrisme a su profiter de deux choses : des changements générationnels de la société argentine, et des divisions du péronisme. La première a été une nouveauté, et la deuxième [du réchauffé] d’hier. Il a suffi de faire chanter les gouverneurs péronistes avec le transfert de budget, et en particulier les dirigeants enclavés dans le Grand Buenos Aires, un bastion électoral du péronisme et hinterland (arrière pays) de l’oligarchie depuis 1810.

Avec le pays économique et socialement en ruines (la faim existe dans ce pays nourricier), et une grève nationale aux portes convoquée par les trois centrales syndicales et les mouvements sociaux pour lundi 24 septembre prochain, et mardi 25, on dit que Macri jettera l’éponge.

Pour l’instant, le soutiennent Donald Trump, un FMI dubitatif, les fonds vautours, et la vaste classe moyenne dont l’horizon moral, mental et « démocratique » commence et finit dans la belle ville de Buenos Aires. Mais si tout va au chiottes … : quel gouvernement paiera les détenteurs d’obligations, et une dette délibérément contractée pour faire de l’Argentine le grand Puerto Rico de l’Amérique du Sud ?

Dans ce contexte, Washington et Tel Aviv ont baisse le pouce, et ils ont ordonné au juge Claudio Bonadio (soupçonné d’être le sbire de la CIA et du Mossad) de prononcer une sentence et une réclusion préventive contre Cristina, pour « association illicite » …

Une pensée opportune de Mario Vargas Llosa, publiée dans son récent article pour La Nacion de Buenos Aires (17/9/18) m’a enchantée. L’athlète incorruptible de l’éthique et de la liberté a dit : « en raison des circonstances et des pressions religieuses et politiques, souvent la vérité historique est dénaturée et est ajustée aux urgences du pouvoir ». Je t’embrasse et besitos, Mario.

La monnaie est dans l’air. Le pas suivant : enlever ses charges de sénatrice à Cristina. Et que décidera le « péronisme civilisé » du PJ au sein du Sénat ? La livrera t-elle ? Perón disait : il n’y a pas de pire cale que celle du même bois.

José Steinsleger* pour La Jornada

La Jornada.Mexique, le 19 septembre 2018.

* José Steinsleger Ecrivant et journaliste argentin. Editorialiste de La Jornada de México. Resident au Mexique.

[Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo de la Diaspora. Paris, le 20 septembre 2018

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